VOYAGE DU HAÏKU



Lanterne de brume
le chemin chercherait-il
le voyageur ?

 

Paysage chinoisAquarelle de Jacqueline Giran - Paysage
 

 

HAIKU
Le poème le plus bref au monde en cinq lettres

 

Ses sources : les grands maîtres du XVIIe au XIXe siècles
Le haïku (le haikou, de façon francisée) est une forme poétique très codifiée, apparue au Japon dès le XVIIe s. Le haïku est la contraction des deux mots : « haikai » qui signifie "amusement » et « hokku » qui signifie "court". Poème très codifié, il s'est développé au fil des siècles. Parmi les plus grands poètes, Basho (1644-1694), la poétesse Chiyo-ni (1703-1775), Buson (1716-1783), Ryokan (1758-1831), Issa (1763-1828), Shiki (1867-1902) , lui ont donné ses lettres de noblesse.

Son voyage, d'Orient en Occident
Cette forme poétique, arrivée dans le monde occidental dès la fin du XIXe siècle, est à présent universelle. Le Japon s’ouvre en effet à l'Occident et de nombreux artistes occidentaux, peintres et écrivains français en particulier, sont influencés par sa civilisation et sa culture (« Le japonisme » ouvre aussi la mode des "Estampes" ).
Il a connu un véritable essor lors de la Première Guerre mondiale, cette forme courte de poésie pouvant être plus facilement pratiquée par des soldats, parmi lesquels de nombreux poètes. Tous ces haïkus anonymes souvent suscitèrent
 l'admiration entre autres de poètes reconnus comme Apollinaire, Max Jacob, Paul Eluard qui ont contribué à les faire connaitre.
Les premières publications de haïkus français apparaissent à cette époque. Nombreux sont les poètes attirés par ce mode d’expression : Paul Éluard, Anatole France, Paul Valéry, Paul Claudel, Marguerite Yourcenar, Yves Bonnefoy…Multiples sont les traductions en français de textes, japonais, anglo-saxons (Jack Kerouac, Richard Wright...) mais aussi en d'autres langues. L’esprit « haïku », incluant la notion de partage, est porté par un réseau international de haikistes (ou haijins) regroupés en groupes et écoles aux orientations diverses et thématiques ouvertes.

La voix singulière du haïku
Il s'agit d'un petit poème extrêmement court, le plus bref qui soit dans le domaine de la poésie. Il est là, hic et nunc, pour exprimer l'évanescence des choses à travers de fréquentes  références à la nature. Le haïku, dans sa brièveté, sa justesse, sa fluidité et sa simplicité parle directement aux émotions. Il est l’art de suggérer un instant fugitif, une impression implicite compréhensible par le lecteur sans l'imposer trop clairement  ou brutalement.
Il cherche à exprimer la plénitude de l’instant présent pour s’approcher de l’aspect intemporel et universel de l’homme, à saisir le sens caché de la vie à partir d’un « petit rien » apparent.
Il est difficile de faire ressentir une impression, une sensation, une émotion ; il appartient au lecteur de ressentir la fluidité du texte selon sa perception des choses de la vie et selon le cours de ses émotions, d’écouter le silence, de surprendre ce qu’il y a dans le "blanc" du texte.
Sans en avoir l'air, il en dit long...

La voie vers le haïku
De manière classique, il répond à des règles précises. Il a la particularité d’avoir une métrique impaire qui lui donne une harmonie propre, adoptée par de nombreux poètes occidentaux (Verlaine...). Il prend en France la forme d’un tercet de trois vers, composé de dix-sept syllabes articulées en trois moments, soit 5-7-5 syllabes sur trois lignes. Une syllabe en plus ou en moins est cependant autorisée.

Le haïku traditionnel comporte une notion de saison (le kigo) ainsi qu'une césure - une coupure -  en fin de première ligne ou sur la deuxième ligne ; celle-ci peut-être matérialisée par un signe de ponctuation ou par un mot-pivot, une pause dans la lecture...
Toutefois, il existe aussi des haïkus « libres » qui se dégagent de la rigueur imposée par les règles et qui comportent très peu de syllabes et parfois seulement sur deux lignes (en deux moments).
Un haikiste (ou haijin) est un poète : à partir du moment où il sait maîtriser les règles, il a loisir de s'en échapper et de pratiquer la forme traditionnelle ou non. On appelle cela la liberté de l'artiste...Il n'y aurait pas sinon de création artistique ni de dynamisme dans la poésie qui se veut vivante et non toujours corsetée !

Mise en forme : entre tradition et liberté
Au Japon, il est disposé traditionnellement sur une seule ligne verticale. 
La disposition en trois lignes horizontales est une convention occidentale pour en faire percevoir la rythmique selon l'enchaînement : court- long-court. C'est pourquoi il a la forme d'un tercet le plus souvent écrit sur trois lignes pour accentuer ce rythme impair qui lui est propre.
D'autres formes toutefois en deux, quatre, cinq  lignes, sont aussi pratiquées. D'autres, appelés "minimalistes" en raison de la réduction du nombre de syllabes, peuvent ne comporter que peu de mots et donc de syllabes, sur une ou deux lignes.
L'usage de signes de ponctuation n'est pas indispensable et la rime en fin de ligne n'a pas d'autre utilit
é que le hasard heureux des mots. Les jeux de mots sont possibles mais sans excès. Le haïku est un juste milieu, il doit être direct, sobre et concentré : pas de mots superfus, d'emphase, de métaphores. Le style est simple, pas artificiel ni "ampoulé". L'usage du moi est à éviter, de même que les références à l'anthropomorphisme car le haïku doit tendre à l'universel.

D'autres formes du haïku : senryū, haïsha, haïga

Le senryū
Le haïku, le plus souvent "sage" et "sérieux" peut aussi faire preuve d’humour, être moqueur, il est alors plutôt dénommé senryu.
Le senryū est un haïku satirique qui 
s’adresse à des personnes, s’intéresse aux relations sociales, comporte des traits d’humour ou une connotation ironique. 
Sur un mode railleur, il met l'accent, entre autres, sur les situations qui dévoilent les travers individuels ou sociétaux.

Le haïsha
Le haïsha est un haïku inclus dans une photographie. Voir aussi Haïsha et haïga

Le haïga

Le haïga est un haïku inclus dans un tableau, dessin, aquarelle. Les traces inspirantes d'Yosa Buson (XVIIIe s.) invitent en effet sur cette voie.  Poète de haiku et peintre, Buson est en effet célèbre pour être l'un des premiers à avoir posé les bases de l'art de représenter les haïkus en peinture.

 

Commentaires (3)

Oncle Dan
  • 1. Oncle Dan | 31/03/2015
Vos haïkus sont de toute beauté !
marine D
Superbe proposition, texte et aquarelle, merci .
C'est intéressant de lire ces explications concernant l'art du haiku, on aime parfois, en effet s'éloigner des idées trop rigides, tout en sachant les régles de base .
Minik do
j'aime beaucoup ce haïku ainsi que l'aquarelle
qui l'accompagne.

Dominique

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